COTE D'IVOIRE - TOGO - CONGO, MEME COMBAT
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DES ARCHIVES GENANTES POUR LA FRANCE AU TOGO
Samedi7 mai, 7h00
" Le Canard Enchaîné "
Des archives gênantes pour la France au Togo
Une équipe de la DGSE cherche à récupérer tout document compromettant
sur les trente-huit ans d’excellentes relations avec le général Eyadema des
politiques et des militaires
français avec le général Eyadema et son
clan.
Une équipe de. la DGSE est chargée de récupérer dans les ministères, les
administrations ou les casernes du Togo des documents et des correspondances. En
clair, tout ce qui
pourrait notamment impliquer des hommes politiques ou des
militaires français qui, pendant trente-huit ans, ont apporté leur aide et
coopéré avec feu le président Eyadema.
Objectif: protéger la réputation de
la France, comme on dit, ou plutôt celle de ses dirigeants. En 1979, Giscard
avait agi de même et dépêché en Centrafrique un commando de
barbouzes pour «
visiter » les résidences de Bokassa et rapporter à Pans des documents relatifs à
la relation trop affectueuse que le président français avait entretenue avec un
«
empereur » devenu ensuite infréquentable.
Aujourd’hui au Togo, des archives sulfureuses peuvent concerner les hôtes
successifs de l'Elysée ou de Matignon, des anciens ministres et ex-chefs
d'état-major, des conseillers
en communication et des journalistes du même
tonneau, de grands médecins ou des avocats, Car il doit en traîner, à Lomé, des
correspondances amusantes, des factures
insolites et des relevés de billets
d'avion gratuits. Au fil de trente-huit ans de dictature, les Togolais ont pu en
apercevoir, de ces Français qui paradaient sur les tribunes officielles
et
chantaient à leur retour les louanges d'Eyadema dans les médias français.
Tempêtes sous les crânes
Comment s'étonner si « l'image de la France est brouillée » en Afrique,
et pas seulement au Togo, ainsi que l'admettent des diplomates du Quai d'Orsay.
Et ce constat, qui ne
date pas d'hier, n'a pas servi de leçon. Dès l'annonce
de la mort d'Eyadema, le 5 février dernier, Chirac dérape, s'incline devant « un
ami de la France » qualifié d'« ami personnel
». Ses conseillers ne l’ont
pas mis en garde devant cet emballement « non productif », comme l’avoue l'un
d'eux, avec la discrétion requise. Erreur encore, dès que le fils du
dictateur entre en scène et brigue la présidence. A l'Elysée, on invoque,
pour justifier une « non-ingérence » en forme de caution, la volonté affirmée de
Faure Gnassingbé de
proposer aux opposants la formation d'un gouvernement
d'union nationale qui ressemble pourtant à un piège.
Rien d'étonnant, ensuite si Michel Barnier dérape à son tour. Le 27 avril,
il évoque les « conditions globalement positives » du scrutin présidentiel.
Cette fois, Chirac se réveille et
secoue son ministre des Affaires
étrangères. Qui dès le lendemain, rectifie le tir, affirme qu'il ne s'est pas «
prononcé sur le résultat de l'élection » et plaide pour la " réconciliation
" de tous au sein d'un futur gouvernement. Un voeu pieux, car. au même
moment, des Togolais mouront par balles dans les rues de Lomé ou fuient par
milliers vers le Bénin
voisin.
A Pans, en manière d'excuse, on met en avant l'attitude très prudente de
l'Union africaine et de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest.
Comme souvent, ces
dirigeants d'un continent instable s'affolent dès qu'une
crise se profile - sans compter que tout changement de régime peut fournir des
idées à leurs « sujets » -, et ils ont besoin
du port de Lomé pour leur
commerce.
Rébellion militaire discrète
A l'état-major des armées, des officiers français, chargés d'analyser les
crises en Afrique et ailleurs, n'ont pas de mots assez rudes pour le Quai
d'Orsay. A Michel Barnier et à ses
conseillers ils reprochent d'avoir
considéré comme « satisfaisantes » des élections qui n'étaient qu'une «
mascarade ». Et ce ne sont pas de simples réactions épidermiques.
Des collègues militaires en mission à Lomé ont transmis leurs observations
sur le terrain. Par exemple, la présence de soldats en civil agressant des
opposants, pénétrant dans
des bureaux de vote puis détruisant ou emportant
les urnes.
Autres informations communiquées à Paris par les mêmes officiers : l'armée
et la gendarmerie togolaises- aimablement formées par la France et recrutées
pour l'essentiel au
sein de l'ethnie d'Eyadema - ont laissé se pratiquer
pillages et vandalisme, histoire de terroriser les opposants. « Nous n'avons
rien à faire au Togo, constatent les mêmes
analystes de l'état-major, et
surtout pas à défendre la famille Eyadema et consorts. »
Et d'ajouter : « Sauf si le Quai d'Orsay, redoutant d'avoir à s'occuper
d'une seconde crise façon Côte d'Ivoire », ferme les yeux pour avoir la paix...
Mais une paix précaire, assortie de
forts sentiments de haine contre la
France. » Et l'un d'eux d'observer que le Quai et Barnier sont « sous contrôle
du chef de l'Etat » quand ils agissent ou quand ils parlent. Même à
tort et
à travers ?
Claude Angeli
© " Le Canard Enchaïné " (4/5).
NDLR - Sur le dossier du Togo, un rapport confidentiel (authentifié) de
l'Union européenne sur le scrutin au Togo vient de jeter un pavé dans la mare.
Il y est écrit : « Les États-Unis
comme la Commission européenne,
contrairement à la France, estiment que l’élection du 24 avril et la victoire de
Faure Gnassingbé s’est tenue dans des conditions
contestables fort éloignées
du chemin de la réconciliation nationale ».
Qu'a cela ne tienne : le président Jacques Chirac a adressé au nouveau chef
de l'Etat togolais Faure Gnassingbé ses félicitations et l'a assuré de "
l'entier soutien " de la France.
Il n'en fallait pas plus pour qu'un appel à manifester, soit lancée par
plusieurs assocoations, pour le dimanche 8 mai 2005, à 13h à la Place de la
République à Paris.